dimanche 6 juillet 2008

Thérapie pour un Jersey...

Quand je croise un marcel sous une chemise blanche à épaulettes, mes muscles fantômes et moi sommes envahis de crampes. Si c’est un jersey bleu marine , je fais des embardées sur la chaussée et ma frange bigoudise à tout va… Les barrettes et décorations, quant à elles, me laissent l’œil agar… Et même sur le pire truand des hommes, une veste à boucles dorées et des insignes de la marine, laissent ma pensée sombrer, mes paupières vriller fébrilement, mes sourcils s’arquebouter nevrotiquement et les pupilles dilatées, je tente vainement de me détourner de cet air phéromoné au sel marin
Oui, mon cher Freud, le traumatisme remonte à l’enfance… Alors met au frais un verre de Riesling et assied toi sur la terrasse pour écouter la conscience d’abigoudi qui aurait pu te rendre millionnaire ou te faire accoucher de théories bien plus barrées…


Chaque été, nous avions le rituel sacré d’embarquer sur un ferry bleu et blanc depuis le port d’Ancône, situé sur la cote adriatique italienne. La ville déserte aux avenues étroites et aux papiers gras, le quai gazoutant et les files de voitures checkant formalités, papiers et billets… Des amas de cordes sur les quais, et le personnel blanc qui débarque talkie-walkie à la main…ça crie et ça braille.. Le 32 tonnes fait une marche arrière pour venir s’encastrer entre le van rouge et le bus allemand. La colonie de jeunes pousses hongroises en short bronze déjà sur le premier pont alors que des sacs à dos surpeuplés de trucs protéiformes et de vaisselles montent à bord en file indienne…

Les fumées des deux grandes cheminées forment deux panaches couleur carbone et pétaradent en canon… L’acier repeint en vert bouteille du ponton supérieur d’où j’épie les officiers, est brûlant et transpire le mazout… Les bruits de cales et de moteur résonnent au sol et parcourent mes chevilles et mes épaules… Le dernier officier grimpe à bord et la porte-pont levis est encore à moitié close que le bateau largue déjà les amarres… Les signes et les adieux s’enchaînent… Une Vespa et son docker mettent les gaz. La corne de brume vient souffler sur tout le port et les tourbillons d’écumes au régime turbulent, laissent des traces mousseuses derrière le ferry…

A nous le casino qui absorbe nos étrennes, les salons surclimatisées et les parties de cartes devant la piscine à l’eau salée… Je ne résisterai pas non plus à camper devant la cabine du capitaine avec une moue enfantine, la bruine plein les papilles et le nez doré de taches de soleil, les talons cornés par l’acier… Fréquentant tous les balcons et tous les pontons… les plus peuplés et les réservés au personnel, sautant dans les tas de cordes et imprégnant mes mains de petites paillettes de peintures blanches des rambardes…

Titubante sur la piste de danse avec mes petits pas de rat maladroit, je laisserai clignoter en moi les spots multicolores d’une autre époque… Les couloirs aux moquettes sur épaissies chatouilleront nos orteils libérés en tongs…
On pique-niquera sur le pont arrière,on prendra une bière sur une chaise longue lasurée… On sera bercé par le vrombissement des moteurs la nuit. On allumera la loupiote de la cabine du 5eme sous sol la nuit pour relire 'Charlie et la chocolaterie'
avec une barre de Crunch et on continuera à faire la grimace moi et mon frère devant les croissants fourrés à la confiture de fraise dont les passagers grecs raffolent…

Alors si je ne pars pas encore en vacances cet été… Je sais que Strintzis Line, Minoan Line; Ancône, Patras, Corfu et Igouminetsa… Il suffit de cette demi-douzaine de mots pour repartir très loin… Et voilà donc le pourquoi du comment du fantasme de marin qui m’étreint par sang bleu!

Et vous? Des souvenirs de vacances haut comme trois pommes? Des petites faiblesses à confesser?